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Mercredi 7 mai 2008 3 07 /05 /Mai /2008 17:43

Joss Whedon a raconté a plusieurs reprise que l'idée de Buffy lui était venue car il en avait assez de voir, dans les films d'horreur, la jolie blonde se faire systématiquement attaquer par le monstre, et qu'il avait ainsi voulu renverser ce schéma. La toute première minute de l'épisode pilote en sera édifiante : C'est un garçon plein d'assurance qui en fera les frais !

La dimension féministe de Buffy est en effet évidente : dans la série, ce sont le plus souvent les filles qui ont le pouvoir. Buffy, bien sûr, dont tout le parcours peut être lu comme un long processus d’empowerment (prise de conscience de son pouvoir, de son autonomie) face aux hommes et aux structures familiales ; mais également Willow qui devient une sorcière très puissante, Anya, l'ex-démone qui a plus de 1000 ans, et Dawn, sœur de Buffy, issue d'une boule d'énergie capable d'ouvrir les frontières entre les univers. La sorcellerie devient le symbole du pouvoir des femmes - ce qui renoue avec les origines des pratiques de sorcières.

Le thème de l'homosexualité féminine est abordé de façon très ouverte lorsque Willow, la meilleure amie de Buffy, tombe amoureuse d'une autre fille, Tara, qui se joint à la chasse aux vampires et pratique la magie avec sa compagne. Il faut noter que cette relation est présentée comme normale, dépourvue de toutes les discussions et états d'âme malheureux que la représentation de l'homosexualité suscite dans des séries pour adolescent(e)s - le prototype étant le personnage de Jack dans la série Dawson. Willow et Tara sont heureuses, elles le chantent dans l'épisode musical de la saison 6 "Que le spectacle commence" (Once More, with Feeling) où est même représentée, quasi-explicitement, une scène de cunnilingus : une première dans une série pour adolescents.


À côté, les seuls hommes ayant des pouvoirs sont des vampires, ou pour le moins des ennemis, et sont systématiquement vaincus. La septième et dernière saison est à cet égard exemplaire : le thème principal, annoncé dès le premier épisode, est le pouvoir ; et la saison met en scène une petite armée de jeunes filles, « tueuses potentielles » attendant d'être « appelées », aux prises avec le Mal absolu dont le bras droit est un ex-prêtre à la misogynie stupéfiante. Pour le vaincre, Buffy a l'idée de partager son pouvoir non seulement avec les potentielles mais avec toutes les jeunes filles de par le monde : « Êtes-vous prêtes à être fortes ? » demande-t-elle. Le message est clair : après avoir passé toutes ces années à regarder Buffy se battre, c'est à chacune de reprendre le flambeau. Le pouvoir ne vaut que partagé.


Cependant BTVS n'est pas une série « anti-hommes » : Angel, Spike, Giles et Alex jouent un rôle prépondérant à la fois dans la vie personnelle de la Tueuse et dans la lutte contre les forces du Mal. Spike et Alex ont même sauvé le monde plusieurs fois ! En effet, le féminisme de la série consiste moins à dénoncer le machisme et/ou le sexisme qu'à présenter un modèle, jusque là inédit, d'héroïne forte et non subordonnée à un homme (à l'inverse des Drôles de dames, par exemple). Ce sera même le contraire pour Giles, le réservoir de mémoire du groupe, la figure compréhensive d'un père prodigue, qui, pour contenir la fougue d'une Willow en proie à une peine abyssale, devra être capable "d'emprunter" les pouvoirs conjugués d'un réseau féminin.


À cet égard Buffy a ouvert la voie à tout un courant de séries et de films, parmi lesquels on peut ranger Alias et Kill Bill ou même Charmed, et c'est d'ailleurs l'un des grands mérites de la série que d'avoir changé radicalement l'image des héroïnes à la télévision comme au cinéma.

Par Sassy - Publié dans : Généralités
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